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La création de ce diplôme répond à une tendance de fond : l’industrie bancaire et financière de type islamique est en plein essor. Il existe plus de 250 institutions financières islamiques dans le monde, dont les actifs sont évalués à plus de 500 milliards de dollars. D’après les spécialistes, ce chiffre devrait atteindre 2,7 trillions de dollars en 2010. Michel Kalika, directeur de l’Ecole de Management de Strasbourg et Michel Storck, responsable du diplôme Universitaire Finance islamique, nous détaillent les particularités de ce nouveau diplôme, qui constitue la seule formation de ce type sur toute la France.
Propos recueillis par Audrey Corcos
1. Pour quelles raisons est-ce l’Ecole de Management de Strasbourg, au sein de l’Université Robert Schuman, qui va porter ce nouveau diplôme ?
Michel Kalika : Pour trois raisons :
• La finance islamique est un sujet d’actualité important pour le secteur financier dans son ensemble (banques et assurances). Nous pensons que notre école de Management ne peut passer à côté de ces préoccupations.
• Il s’agit de mener une réflexion par rapport aux enseignements et de les remettre en perspective de façon à faire le lien entre les méthodes de gestion et notre culture. Il est intéressant dans une école de management de faire comprendre que les outils dépendent du contexte culturel. Pour les étudiants c’est un gain d’intelligence sur les questions posées. Par ailleurs, de par sa localisation, Strasbourg est une ville multiculturelle et dans l’histoire de l’Alsace, le fait religieux a une place particulière.
• L’université dispose d’un groupe de recherche important dans le domaine de la finance. Michel Storck travaille dans ce domaine.

2. Quelle est la place de ce nouveau projet dans le développement de l’école de management de Strasbourg ?
Michel Kalika : il s’agit pour nous d’un élément de différenciation, à un moment où l’université change de dimension. En effet, les trois universités de Strasbourg ont fusionné, ce qui donnera naissance une fois cette opération actée (au 1er janvier 2009) à la première université française.
Dans le cadre de ce changement majeur, nous avons tenu à mener une vraie réflexion et à ouvrir nos enseignements sur les problématiques internationales.
3. Comment est né ce projet ? répond-il à une demande des professionnels ?
Michel Storck : Nous avions organisé un colloque en Janvier 2008 sur ce thème. Il avait attiré une centaine de personnes vivement intéressées, qui souhaitaient que cette initiative soit poursuivie. Cela a été facilité par le fait que nous avons été retenus par l’Agence Nationale pour la recherche (ANR) pour mener un projet sur 4 ans en finance islamique.
Notre initiative s’inscrit dans un contexte général d’intérêt croissant en France pour ce sujet : plusieurs colloques ont eu lieu récemment à Paris et il y a quelques semaines, la ministre de l’économie et des finances, Christine Lagarde, a annoncé vouloir faciliter le développement de la finance islamique en France.
De plus, il y a une vraie demande de la part des professionnels, venant du monde de la banque et de l’assurance, français ou étrangers (anglo-saxons, allemands, saoudiens et algériens notamment).
4. Un master devrait-il bientôt voir le jour dans ce domaine ?
Michel Storck : Nos projets dans le domaine de la finance islamique s’échelonnent en trois temps :
• L’ouverture du diplôme universitaire dès la rentrée prochaine est la première étape. Cette formation sur une année devrait ouvrir en Octobre 2008 dès que le seuil des 20 étudiants sera atteint. Nous avons pour objectif que ce diplôme obtienne le label Master.
• Puis nous souhaitons lancer une formation continue début 2009 (en févier ou mars). Les cours pourraient alors être organisés selon deux formules : ils auraient lieu soit durant quatre semaines bloquées dans l’année, soit en fin de semaine (vendredi et samedi).
• Ensuite, fin 2009, la formation en ligne (en anglais et français) donnera au diplôme une vraie dimension internationale.
5. Quel est le contenu pédagogique du diplôme universitaire ?
Michel Storck : Les 350 heures de cours devraient être en français pour la rentrée prochaine.
Ils porteront sur les marchés financiers, l’assurance, l’immobilier : concernant les fondamentaux.
A cela s’ajoutera une approche sous l’angle de la loi islamique, la charia, notamment l’adaptatation des règles du droit français . Des cours d’introduction à l’islam, à l’économie islamique et au droit musulman seront ainsi dispensés.
Un stage sera effectué à l’issue de la formation.
6. Comment est composé le corps professoral ?
Michel Storck : Le coordinateur des enseignements de ce diplôme est Ibrahim Cekici, qui va soutenir sa thèse sur la finance islamique.
Les cours fondamentaux (en finance et assurance) sont dispensés par des universitaires.
Concernant les montages financiers répondant aux règles islamiques les professeurs, notamment anglo-saxons, impliqués dans le monde de la finance islamique, interviendront.
7. Quels sont les conditions d’admission et le processus de sélection ?
Michel Storck : Les étudiants doivent avoir un niveau Bac +4 (M1) en droit, finance, économie ou gestion.
La sélection se fera sur dossier et le cas échéant après un entretien.
8. Quels établissements sont intéressés par ces profils ? Quels sont les débouchés ?
Michel Storck : Les réseaux bancaires et d’assurance sont encore mal préparés. C’est pourquoi des établissements comme la Société Générale, la BNP essaient de mettre en place des divisions en finance islamique. Des opportunités existent donc aussi bien pour les fonctions commerciales que techniques (analystes par exemple).
Des débouchés existent également dans les cabinets d’avocats spécialisés en droit des affaires, au sein des autorités de réglementation, des entreprises et groupes multinationaux, comme dans les domaines de la recherche et de l’enseignement.
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