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Les tensions sur le marché du crédit impactent les opérations de LBO

publié le 03/06/2008

Du fait de la crise des crédits hypothécaires américains et de son impact sur les marchés financiers, les transactions de LBO (ou acquisitions à effet de levier) sont pénalisées en Europe comme en France. Par ailleurs, la plus grande prudence des banques entraîne une sélectivité accrue des opérations.

Par Audrey Corcos

Définition d’un LBO
Un LBO (Leveraged Buy-out) est une opération permettant à un groupe, généralement constitué de fonds d’investissements et des managers de l’entreprise, de racheter une société avec une mise de fonds qui ne représente qu’une fraction de sa valeur. Il s’agit d’une transaction à risque du fait du niveau élevé de la dette. L’enjeu repose sur la capacité de l’entreprise à faire face à cet endettement. C’est pourquoi ces opérations s’accompagnent d’une rationalisation de la société de façon à améliorer ses performances opérationnelles et donc le niveau de ses excédents de trésorerie.

L’état du marché en 2007
La crise des crédits hypothécaires américains et ses conséquences sur les marchés financiers ont pesé sur les opérations à effet de levier, à la fois au niveau européen mais aussi en France.
Ainsi, selon la société d’informations Thomson Financial, après deux années de forte croissance, la valeur totale du marché européen des LBO a été stable à 162 milliards de dollars (109 milliards d’euros) l’an passé, contre 151 milliards en 2006.

Quant au marché français, il a été plus touché que les autres pays européens. Il est, en effet, le seul pays (avec l’Italie) à avoir enregistré un recul des transactions. Celles-ci ont subi une chute de 38% de leur valeur (à 21,4 milliards d’euros) par rapport à 2006, selon une étude annuelle menée par l’European Buyout Review , atteignant ainsi le niveau de 2005 (qui ressortait à 22,1 milliards d’euros). Cette évolution résulte d’une chute de 30% des opérations au cours de la seconde partie de l’année 2007, comparées au premier semestre de la même année.
En tenant compte des données de 2007, le marché français ne représentait plus que 12% du marché européen du LBO (contre 20% en 2006), devenant ainsi le troisième marché européen. En valeur, il a été dépassé, l’an dernier, par le marché allemand.
D’après l’European Buyout Review, la principale raison de cette mauvaise performance tient au grand nombre d’opérations de taille moyenne alors que le nombre de « jumbo deals » (les opérations d’un montant supérieur à un milliards d’euros) a été très limité l’an passé. Ainsi, il n’y aurait eu en France que 4 transactions de ce type contre 9 en 2006.

Les premières données pour 2008
Sur les premiers mois de l’année 2008, ce recul s’est poursuivi. En effet, le cabinet d’expertise Bureau van Dijk a comptabilisé 195 LBO entre début 2008 et fin mars 2008 (représentant 34 milliards d’euros) alors qu’à la même période de 2007, il en avait recensé 366 (soit une valeur totale de 77 milliards).

Ce repli du marché s’est conjugué avec une plus grande sélectivité des opérations. Les intervenants cherchent, en effet, des actifs de bonne qualité dans un contexte où les banques sont plus réticentes à financer ces deals et où la syndication bancaire (forme de mutualisation du risque) devient de plus en plus difficile.
Le rachat récent (finalisé le 14 mai dernier) de Maisons du Monde, qui opère dans le domaine de la décoration et de l’ameublement, par les fonds Apax et LBO France témoigne de cette tendance. Malgré un contexte bancaire difficile, la renommée de la société, qui a bénéficié des bonnes performances de son offre d’ameublement ces dernières années, lui a permis de trouver rapidement les deux repreneurs. Le montant de cette acquisition s’établit aux environs de 435 millions d’euros. Cette acquisition, soulignent les restrictions imposées par les banques. Premièrement elle n’est financée qu’à 60% par de la dette. De plus, les ratios financiers (ou covenants) à respecter par la société, dans le cadre des prêts bancires, sont plus restrictifs.