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Les défis de la profession d’expert-comptable

publié le 13/10/2008

Elle connaît de nombreuses mutations, au rang desquelles figure une formation qui a été réformée. La profession veut également attirer des profils plus variés. Charles-René Tande, expert-comptable et rapporteur délégué du Congrès de l’Ordre des Experts comptables qui s’est tenu début octobre, évoque ici les évolutions les plus importantes de ce métier.



Quels sont les grands changements suite à la réforme de la formation ?
Ils sont au nombre de trois. Auparavant le DECF (Diplôme d’Etudes Comptables et Financières) et le DESCF (Diplôme d’Etudes Supérieures Comptables et Financières) étaient assez proches (respectivement 4 et 5 ans d’études). Aujourd’hui les nouveaux diplômes créés avec la réforme LMD ont été repositionnés avec de plus grands écarts : le DCG (Diplôme de Comptabilité et de Gestion) a un niveau bac + 3 tandis que le DSCG (Diplôme Supérieur de Comptabilité et de Gestion) a un niveau bac +5 (ou master).
Ensuite, la réforme LMD a pour objectif de développer les passerelles entre les formations et de renforcer la mobilité des étudiants européens.
Enfin, les programmes ont été modifiés pour tenir davantage compte des langues. L’anglais est devenu obligatoire pour certains examens. Les étudiants peuvent également apprendre l’allemand ou l’espagnol.

L’objectif est d’adapter davantage la formation aux besoins des entreprises. Ainsi, le management, l’information financière ou la communication ont été introduits dans les programmes. Les enseignements en économie, gestion et finance ont été renforcés.

L’un des principaux défis de la profession est d’ordre démographique car de nombreux experts-comptables vont partir à la retraite dans les prochaines années : qu’en pensez-vous ?
Le nombre d’experts-comptables étaient de 12.500 il y a une vingtaine d’année. Aujourd’hui il s’élève à 18.00, soit une progression de plus de 40%. La profession s’est donc bien développée sur les dernières années.
Par contre nous manquons, dans les cabinets, de personnels qualifiés.
De plus, il n’y a pas suffisamment de jeunes issus des universités et des écoles de commerce qui suivent les formations d’expertise-comptable. C’est pourquoi, ces dernières années, nous avons fait un grand travail de pédagogie dans ces établissements, pour présenter le métier d’expert-comptable et souligner la grande diversité des thèmes abordés par la profession.
La réforme des examens a également été réalisée avec le souhait de faciliter l’accès à la formation et élargir le profil des étudiants. Les étudiants en mastère peuvent désormais s’orienter plus facilement vers le diplôme d’expert-comptable. Nous souhaitons nous ouvrir à des profils plus diversifiés, issus d’autres horizons que comptables et financiers.

Comment attirer les jeunes pour permettre le renouvellement de la profession ?
C’est un processus qui doit commencer très tôt car les jeunes décident dès la classe de première de leur orientation. C’est pourquoi nous présentons désormais la fonction d’expert-comptable dans les lycées. Nous informons également davantage les conseillers d’orientation.
Notre fonction est trop perçue comme se résumant à l’examen des comptes d’une entreprise. Il est vrai que les chiffres représentent bien notre matière de base car il est nécessaire d’avoir une information juste pour bien conseiller l’entreprise. Néanmoins nos compétences sont beaucoup plus variées : devenir expert-comptable est passionnant car le jeune sera en charge de mission très diverses dans les domaines de la fiscalité, du juridique, du social, de la gestion, de l’informatique ou de la formation.

La profession, en pleine mutation a vu ses compétences s’élargir à travers une nouvelle offre de services : pouvez-vous nous en dire plus ?
L’objectif du congrès était de montrer la panoplie de services que l’expert-comptable doit proposer à ses clients, notamment dans le domaine de l’innovation. Les PME françaises sont encore trop sous-dimensionnées au niveau des nouvelles technologies, qui représentent pourtant des relais de croissance très importants.
En tant qu’interlocuteur privilégié du dirigeant d’entreprise, nous devons l’informer sur toutes les possibilités qui s’offrent à lui. Pour cela nous nous basons sur notre vision élargie d’un secteur d’activité donné grâce à nos diverses missions.

Pensez-vous que la crise actuelle va accélérer la mutation de votre métier avec un besoin de conseil accru de la part des entreprises ?
Dans un premier temps la crise va avoir des impacts sociaux très durs, car certaines entreprises vont cesser leur activité. Les autres vont devoir se poser les bonnes questions et se positionner efficacement pour favoriser leur croissance.
A moyen-terme les entreprises qui pourront se développer seront celles qui sauront investir, en particulier dans les domaines de la formation/recrutement et dans les nouvelles technologies. A ce niveau intervient le rôle prédominant de l’expert-comptable, à travers sa position de conseiller de l’entreprise.

Propos recueillis par Audrey Corcos