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A la différence de la Business Intelligence, le CPM (Corporate Performance Management) inclut la prévision, la simulation et la supervision, notamment au niveau de la direction financière. Vincent Lieffroy, analyste au CXP, cabinet de conseil indépendant en informatique, nous explique les enjeux du CPM pour l’entreprise et les raisons du développement du marché.
Propos recueillis par Audrey Corcos
1. Pour quelles raisons les besoins d’une gestion plus rationnelle se sont ils intensifiés ?
Trois facteurs expliquent cette tendance :
• La complexité croissante de l’environnement économique marquée à la fois par des facteurs endogènes (notamment un recours accru à la sous-traitance) et exogènes (la croissance de l’entreprise nécessite des indicateurs précis pour les directions).
• Une réglementation plus lourde exigeant d’accélérer la production de l’information financière et de renforcer sa fiabilité pour les sociétés cotées comme pour les autres. Les principales réglementations qui sont apparues ces dernières années sont la norme Bâle 2 pour le secteur bancaire, la loi Sarbanes-Oxley aux Etats-Unis, les normes IAS-IFRS, la loi sur les Nouvelles Régulations Economiques (NRE) et la loi de Sécurité Financière (LSF).
• Le besoin de moderniser et d’améliorer le système d’information : Les ERP et autres progiciels de gestion intégrés proposent peu d’outils d’analyse et de simulation car leur architecture ne permet pas une analyse poussée des données.
2. Est-ce que le poids croissant des fonds d’investissement et la nécessité de prévoir le niveau du cash de l’entreprise a également contribué à l’essor du CPM ?
Certainement : pour les sociétés qui ne font pas d’appel public à l’épargne, les fonds interviennent dans un mouvement général favorisant le développement des outils de gestion de la performance.
3. La mise en place des progiciels nécessite-elle une approche préalable ?
Oui, car elle nécessite au moins une réflexion à trois niveaux :
• sur les méthodes d’aide à la décision : même si actuellement aucun progiciel ne permet l’automatisation du calcul qui doit être établi entre la stratégie et la planification à moyen terme, l’engouement pour les progiciels de gestion de la performance vient du fait qu’ils facilitent la circulation de l’information ensuite utilisée pour définir les objectifs.
• le processus à mettre en place : le risque majeur dans le cadre de l’implémentation d’une solution de gestion de la performance serait de se limiter à la stricte mise en œuvre du progiciel, sans repenser les procédures internes déjà en place au sein de l’organisation.
• la qualité des données. Les éditeurs répondent à ce souci des entreprises en proposant des solutions de gestion des données de référence, soit MDM (Master Data Management). Plusieurs solutions de MDM sont récemment apparues chez la plupart des éditeurs.
4. L’aspect humain, à travers l’organisation, est donc essentiel lors de la mise en œuvre d’une solution de CPM ?
Les blocages humains sont les mêmes que pour tout projet informatique. Les outils vont faciliter la vie de l’entreprise mais ne résoudront en rien ces blocages, ce qui, à ma grande surprise ne paraît pas évident aux entreprises. Notamment les DSI peuvent craindre de perdre en autonomie.
Le facteur humain est à prendre en compte dans les délais de mise en place de la solution mais également dans les coûts. Lors de la mise en place de ces solutions, l’entreprise peut être accompagnée par un cabinet externe qui l’aidera à gérer au mieux l’aspect humain.
5. Comment évolue l’offre sur le marché du CPM ?
Cette offre est en plein maturation. Nombreux sont les éditeurs à proposer des offres progicielles de plus en plus sophistiquées sur un marché qui tend à se concentrer.
La plupart des éditeurs de CPM viennent du monde de la gestion financière. Ils ont, depuis, complété leur offre pour assurer l’intégration des fonctionnalités.
Le marché du CPM compte aujourd’hui un nombre important d’acteurs du décisionnel tels que SAS, Cognos (qui fait désormais partie d’IBM), et Business Objects.
Jusqu’en 2007, l’utilisateur pouvait choisir soit un progiciel spécialisé (d’origine métier ou décisionnel) soit un progiciel proposé par un éditeur d’ERP. Depuis l’an passé, une vague d’acquisitions a eu lieu sur le marché de la Gestion de la Performance. Ainsi, Oracle a acquis Hyperion, Business Objects a racheté ALG Software et Cartesis, avant d’être lui-même racheté par SAP. Enfin, Cognos a été absorbé par IBM.
6. Existe-t-il également une offre en direction des TPE ?
Non pas à ma connaissance. Les problématiques seront les mêmes que pour les PME avec des logiques de solutions budgétaires, de simulation et de consolidation. Leurs besoins sont moins avancés que ceux des moyennes et grandes entreprises.
7. Les solutions CPM améliorent-elles la confidentialité des données au sein de l’entreprise ?
Il est certain qu’en nécessitant des accès sécurisés et en privilégiant la confidentialité, ces solutions garantissent une meilleure fiabilité qu’un document sous Excel par exemple. Les droits d’accès sont alors rationnalisés.
8. Quelles sont les problématiques à gérer lors de la mise en place d’une solution CPM ?
L’éditeur devra s’assurer de l’intégration des différentes fonctions informatiques entre elles, de façon à ce que les utilisateurs des différents systèmes soient bien les mêmes et que les progiciels soient intégrés aux bases de données de l’entreprise. Les produits sont mieux interfacés et intégrés entre eux mais la plupart des offres doivent encore améliorer ces aspects.
Du côté de l’entreprise, elle cherchera à accélérer ses délais de clôture, à fiabiliser les données (pour ne pas avoir notamment à les ressaisir). Elle doit également veiller à ce que les plans de comptes soit semblables à ceux des outils de gestion comptable.
9. Pensez-vous que la crise financière actuelle (et les difficultés de financement des entreprises) va développer le CPM ?
Dans ce contexte qui amène l’entreprise à chercher à améliorer la restitution de l’information financière, pour optimiser sa gestion de trésorerie, l’essor des outils CPM pourrait être favorisé. Cette pression externe peut finalement contribuer au développement de ces solutions.
10. Pour les utilisateurs/entreprises, les rachats successifs visant à rapprocher les ERP et les solutions CPM ne risquent-ils pas, à terme, de limiter l’offre ? En termes de prix, les entreprises ne risquent-elles pas d’être perdantes ?
En termes d’offre ces mouvements ont un impact positif car ils facilitent les échanges entre les progiciels de gestion, notamment les ERP et les outils de gestion de la performance. La qualité de l’offre va donc être renforcée par ces rapprochements.
Par contre, en termes de tarification l’impact risque d’être négatif pour les entreprises. En effet, une moindre concurrence limitera leur marge de manœuvre en termes de négociation sur les prix. Oracle (qui a récemment mis la main sur Hyperion) a ainsi décidé il y a quelques jours d’augmenter ses tarifs. *
* NB : L’éditeur américain augmente le prix de ses applications et de ses bases de données de 15 % en moyenne.
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