FocusFi

le site des services financiers
et comptables de l’entreprise

Rechercher :             133 articles

s'incrire

Avis d’expert : les raisons pour lesquelles les fonctions comptables et financières seront peu touchées par la crise

publié le 07/01/2009

Il y a quelques semaines, Robert Half a publié une étude soulignant que ces fonctions avaient toujours le vent en poupe. Fabrice Coudray, Directeur de Robert Half International France, revient sur les résultats de cette enquête pour souligner les évolutions récentes des profils comptables et financiers mais aussi pour envisager leur avenir.

En cette période de crise financière, les fonctions comptables et financières ne semblent pas touchées, pour quelles raisons ?

On assiste à une situation paradoxale car, alors que la crise est financière, ce sont davantage les fonctions marketing ou de communication qui vont souffrir. En effet, confrontées à des difficultés, les entreprises vont penser plutôt à limiter ces dépenses. Ce n’est pas le cas pour les fonctions comptables et financières pour trois raisons :
• Nous sommes quasiment dans une période de plein-emploi en France pour ces postes. Les profils experts sont très demandés sur le marché ;
• Des départs à la retraite importants devraient avoir lieu jusqu’en 2012 ;
• Il existe une désaffection de la filière comptable de la part des jeunes diplômés. Ce qui accroît encore les tensions en termes de recrutements en comptabilité.

La recherche soutenue de profils financiers de haut niveau est lié à une quête accrue de performance. Est-ce un point commun à tous les pays visés par l’enquête ?

En cette période de crise, où les entreprises subissent de fortes pressions concurrentielles, il est impératif pour elles de pouvoir mesurer leurs performances et d’améliorer leurs résultats. C’est le cas à la fois des PME et des grands groupes.
La finance est donc au centre des préoccupations, que le dirigeant d’entreprise cherche à évaluer la rentabilité d’un projet ou qu’il cherche à avoir un discours cohérent avec son banquier.
Cette évolution a conduit à une valorisation de la fonction comptable : le chef comptable communique aujourd’hui beaucoup plus avec les autres services et il va régulièrement rencontrer la direction générale.

Même une entreprise qui se porte bien, avec un carnet de commandes qui explose, aura à cœur de pouvoir mettre en place des tableaux de bord pour piloter ses sites de production. L’objectif pour le dirigeant est d’ajuster ces décisions stratégiques, notamment ces décisions d’investissement, à la santé financière de l’entreprise.

Comment ont évolué les fonctions financières ces dernières années ?

Depuis quinze ans, la finance « de constats », qui avait une approche plutôt statique, a laissé la place à la finance « prédictive » qui s’inscrit dans une démarche plus dynamique.
Aujourd’hui lorsque la direction générale d’une entreprise prend une décision les financiers sont autour de la table. Direction générale et direction financière travaillent désormais en binôme.
De plus, des profils avec une plus grande expertise sont recherchés du fait d’un cadre normatif qui s’est renforcé. Cette tendance est largement due à l’application des normes IFRS, qui a permis d’avoir une lecture commune des comptes d’entreprises situées dans des pays différents.

Quelles sont les raisons des difficultés de recrutement en finance et comptabilité ?

Ces difficultés sont renforcées par le fait que les entreprises ont des exigences accrues en termes d’expertise.
Elles ont une vision plus prospective et cherchent à évaluer le potentiel d’un candidat. Il est désormais important pour elles d’estimer dans quelle autre fonction la personne pourra se positionner dans quatre ou cinq ans.
Cela va dans le sens des préoccupations des collaborateurs, qui sont très sensibles aux perspectives d’évolutions de carrière que leur offre une entreprise, dans un environnement économique incertain et sur un marché de l’emploi de plus en exigeant.

Compte tenu de cette tendance, je pense même que dans 6 mois les délais de recrutement vont encore s’allonger de 2 à 4 semaines pour les postes permanents.

Dans notre pays, les difficultés de recrutement en comptabilité s’expliquent-elles par les nombreux départs à la retraite ?

C’est une explication, en effet.
L’autre facteur est la désaffection de la filière comptable. Les recrutements en comptabilité dans les cinq/dix prochaines années devraient être particulièrement difficiles car, même si le métier a été valorisé, les jeunes hésitent encore à se diriger vers la direction comptable.
Il serait donc intéressant pour la profession de transformer davantage cette fonction notamment pour lui permettre d’accéder à la direction générale de l’entreprise.

N’est-ce pas contradictoire que pour satisfaire une exigence structurelle, l’optimisation de la performance, les dirigeants renforcent leurs recrutements en intérim ?

L’intérim a une mauvaise image en France car il est souvent associé à la précarité et à la médiocrité des compétences. Or ces idées sont complètement erronées. Il suffit, pour s’en convaincre, d’examiner l’essor du management de transition dans les fonctions financières. Il s’agit alors de cadres de haut niveau qui vont aider l’entreprise, pendant un temps déterminé, à traverser une période de mutation.

Comment les candidats doivent-ils se positionner sur le marché de l’emploi ?

Le collaborateur doit être acteur de sa carrière. Il doit déterminer quels sont ses objectifs et les étapes de son évolution professionnelle. Une formation peut lui permettre de progresser mais changer de département au sein de la société peut également être un plus.
Le collaborateur doit toujours garder à l’esprit qu’il doit conserver et cultiver son employabilité. Pour cela il doit se poser les bonnes questions, notamment « l’entreprise m’a-t-elle déjà tout donné, que peut-elle m’apporter de plus, et moi-même lui ai-je tout donné ? ».

Quels effets pensez-vous que la crise actuelle va avoir sur l’ensemble des résultats de l’étude menée par Robert Half ?

Je pense que la crise va consolider les résultats de cette enquête. 2009 devrait être une année un peu plus difficile pour les profils comptables et financiers, mais la situation devrait se détendre dès la fin 2009.
Il n’y aura donc pas d’effondrement des recrutements pour ces fonctions, pour lesquelles les perspectives restent bien orientées à moyen terme.

Propos recueillis par Audrey Corcos